samedi 31 octobre 2009

Dans un très beau livre sur le difficile travail intérieur du Solitaire...

Combien plus nombreux seraient les contemplatifs s'il se rencontrait plus de "pélerins de l'absolu". C'est d'eux qu'il est écrit : "Ils s'enivrent de la graisse de ta maison, au torrent de tes délices tu les abreuves ; En toi est la source de vie, par ta lumière, nous voyons la lumière" (Ps. XXXV, 9).

Vous éprouverez vous-mêmes un mouvement de recul au bord de l'abîme. Ce n'est pas sans un certain effroi qu'on abandonne à Dieu tous les leviers de commande de notre monde intérieur de l'agencement duquel nous sommes si jaloux. Quand ils se sentent perdre la libre maîtrise de leurs activités dans la prière, beaucoup s'affolent et croient retrouver la terre ferme en se plongeant dans la lecture. En fait, ils quittent l'oraison. Consentez à vous ennuyer avec Dieu.

Les livres ne vous apprendront que peu de chose sur les voies de la contemplation. Elles sont simples et droites : mourir au monde et à soi-même, vivre dans la plus grande solitude et le plus profond recueillement, laisser à Dieu toute initiative. Le reste est son oeuvre. Par une ascèse courageuse préparez-vous.

Peut-être serez-vous emporté par la cime de ce Carmel opulent d'où vous verrez monter cette nuée légère qui bientôt inondera votre âme d'une pluie fécondante.

L'Ermite ne peut pas ne pas envier cet état de la plus haute union à Dieu, cette "union pleine", la plus voisine de celle que nous donnera l'éternité et pour laquelle nous sommes fait.

Dans le Désert, Dieu n'a pas tracé d'autres routes, d'autres sentiers que les voies de l'oraison. La contemplation a sa fin en elle-même : elle n'est que le plus haut exercice de la charité et la charité, vertu théologale qui a Dieu pour objet, n'a pas de but utilitaire pour nous. Aussi quand elle est authentique, elle est inséparable d'une sainteté vraie qui, à sont tour, n'est que l'efflorescence de cette même charité vivifiant la pratique de toutes les vertus jusqu'à l'héroïsme.

Votre désert alors deviendra prairie. Parce que vous aurez été fidèle, il tiendra ses promesses...

in L'ERMITE par Un Moine, Claude Martingay, libraire à Genève, 1974.